EXIGENCES ESSENTIELLES DE CYBERSÉCURITÉ
Vingt et une exigences, et vous justifiez celles que vous écartez
Vingt et une exigences : treize pour le produit, huit pour la gestion de ses failles. Vous pouvez écarter les premières, à condition d'écrire pourquoi.
À partir du 11 décembre 2027, un produit qui ne respecte pas ces exigences ne peut plus être vendu ni fourni dans l'Union.
Treize portent sur le produit lui-même, et huit sur la façon dont vous gérez ses failles.
Elles ne s'appliquent pas toutes à tous les produits, un point presque toujours mal lu. Calendrier : où en est le droit.
Le texte en détail : articles 6 et 71, annexe I
L'annexe I contient treize propriétés que le produit doit présenter (partie I, point 2) et huit obligations de gestion des vulnérabilités qui pèsent sur le fabricant (partie II).
Elles conditionnent la mise à disposition sur le marché à compter du 11 décembre 2027 (article 6 et article 71).
Article 13, paragraphes 3 et 4
Vous pouvez écarter une exigence, à condition d'écrire pourquoi
Un capteur qui ne garde aucune donnée n'a rien à chiffrer au repos, mais vous devez l'écrire.
Votre évaluation des risques, c'est-à-dire l'étude écrite de ce qui peut mal tourner avec votre produit, décide lesquelles des treize exigences s'appliquent, et comment.
Une exigence ne concerne pas votre produit ? Vous l'écartez, et vous écrivez pourquoi dans la documentation technique. Cette justification fait d'un questionnaire rempli un dossier opposable, et c'est elle qu'un contrôle demandera.
Le texte en détail : annexe I, partie I, point 2 et article 13, paragraphes 3 et 4
Annexe I, partie I, point 2 : « Sur la base de l'évaluation des risques de cybersécurité visée à l'article 13, paragraphe 2, les produits comportant des éléments numériques doivent, le cas échéant : ». Deux membres portent tout le sens : « sur la base de l'évaluation des risques » et « le cas échéant ».
L'article 13, paragraphe 3 dit ce que doit contenir cette évaluation. Elle indique « si et, dans l'affirmative, de quelle manière » les exigences de l'annexe I, partie I, point 2 sont applicables au produit concerné.
Elle indique également de quelle manière le fabricant applique l'annexe I, partie I, point 1 et les exigences de gestion des vulnérabilités de la partie II.
Article 13, paragraphe 4, dernière phrase : lorsque certaines exigences essentielles ne sont pas applicables au produit, le fabricant fait figurer une justification claire dans la documentation technique.
Annexe I, partie I
Partie I : treize exigences pour le produit lui-même
Avant les treize, une règle générale : votre produit offre un niveau de sécurité adapté à ses risques.
Les treize suivantes sont traduites ici en langage de terrain, le texte exact du règlement juste en dessous.
Le texte en détail : annexe I, partie I, point 1
Les produits sont conçus, développés et fabriqués de manière à garantir un niveau de cybersécurité approprié en fonction des risques (annexe I, partie I, point 1). Les cinq familles ci-dessous n'existent pas dans le règlement.
Le jour de la vente.
Aucune faille connue à la vente
Vous ne mettez pas en vente un produit qui porte une faille connue et exploitable.
Sûr dès la sortie du carton
Votre produit est livré avec des réglages sûrs. Votre client peut le remettre dans son état d'origine.
Le texte en détail : annexe I, partie I, points 2 a) et 2 b)
2 a) être mis à disposition sur le marché sans vulnérabilité exploitable connue.
2 b) être mis à disposition sur le marché avec une configuration de sécurité par défaut, sauf accord contraire pour un produit sur mesure, y compris la possibilité de réinitialiser le produit à son état d'origine.
Après la vente.
Réparable par mise à jour
Une faille se corrige par une mise à jour, sans remplacer le produit. Vos clients sont prévenus, et peuvent différer la mise à jour.
Le texte en détail : annexe I, partie I, point 2 c)
2 c) être conçus de façon à ce que leurs vulnérabilités puissent être corrigées par des mises à jour de sécurité, y compris, le cas échéant, par des mises à jour automatiques régulières activées par défaut mais faciles à désactiver, par la communication aux utilisateurs des mises à jour disponibles et par la possibilité de les différer temporairement.
Les accès.
Personne n'entre sans autorisation
Votre produit contrôle qui se connecte. Il signale tout accès non autorisé.
Une trace de ce qui se passe
Votre produit enregistre qui consulte ou modifie quoi. Votre client peut couper ce journal.
Le texte en détail : annexe I, partie I, points 2 d) et 2 l)
2 d) assurer la protection contre les accès non autorisés par des mécanismes de contrôle appropriés, y compris par des systèmes d'authentification, d'identité ou de gestion des accès, et signaler tout accès non autorisé.
2 l) fournir des informations relatives à la sécurité en enregistrant et en surveillant les activités internes pertinentes, y compris l'accès ou la modification des données, des services ou des fonctions, tout en laissant à l'utilisateur la possibilité de désactiver le mécanisme.
Les données.
Des données confidentielles
Ce que votre produit stocke ou transmet est protégé, par exemple chiffré.
Rien ne se modifie en douce
Données, réglages et programmes ne changent pas sans autorisation. Toute corruption est signalée.
Seulement les données utiles
Votre produit ne traite que les données nécessaires à son usage.
Tout effacer, tout emporter
Votre client peut tout effacer, facilement et pour de bon. Il peut transférer ses données en sécurité vers un autre produit, quand c'est possible.
Le texte en détail : annexe I, partie I, points 2 e), 2 f), 2 g) et 2 m)
2 e) protéger la confidentialité des données stockées, transmises ou traitées, par exemple en chiffrant les données pertinentes au repos ou en transit au moyen de mécanismes de pointe.
2 f) protéger l'intégrité des données, des commandes, des programmes et de la configuration contre toute manipulation ou modification non autorisée par l'utilisateur, et signaler les corruptions.
2 g) ne traiter que les données adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard de la finalité prévue du produit, ce que le règlement appelle la minimisation des données.
2 m) donner aux utilisateurs la possibilité de supprimer facilement, en toute sécurité et de manière permanente toutes les données et tous les paramètres, et permettre un transfert sécurisé lorsque ces données peuvent être portées vers d'autres produits ou systèmes.
Quand cela tourne mal.
Il continue de fonctionner
Après un incident, ses fonctions essentielles restent disponibles. Il résiste aux attaques par déni de service, qui cherchent à le saturer.
Il ne gêne pas ses voisins
Votre produit perturbe le moins possible les autres appareils et réseaux.
Le moins de portes possible
Votre produit ouvre le moins de points d'entrée possible, connexions externes comprises.
Une faille ne fait pas tout tomber
Si une faille est exploitée, votre produit en limite les dégâts.
Le texte en détail : annexe I, partie I, points 2 h), 2 i), 2 j) et 2 k)
2 h) protéger la disponibilité des fonctions essentielles et de base, notamment après un incident, y compris par des mesures de résilience et d'atténuation face aux attaques par déni de service.
2 i) réduire au maximum les répercussions négatives générées par les produits eux-mêmes ou par les appareils connectés sur la disponibilité des services fournis par d'autres dispositifs ou réseaux.
2 j) être conçus, développés et fabriqués de manière à limiter les surfaces d'attaque, y compris les interfaces externes.
2 k) être conçus, développés et fabriqués de manière à réduire les répercussions d'un incident, en utilisant des mécanismes et des techniques appropriés de limitation de l'exploitation de failles.
Annexe I, partie II
Partie II : huit obligations, sans condition
Ici, aucune exigence ne s'écarte : votre évaluation des risques dit seulement comment vous les appliquez.
Elles pèsent sur le fabricant, quels que soient vos risques.
Le texte en détail : article 6, point b) et article 13, paragraphe 3
La phrase d'introduction de la partie II est sans réserve : « Les fabricants des produits comportant des éléments numériques : ». Le « le cas échéant » de la partie I, point 2 n'y figure pas.
L'article 6, point b) exige que les processus du fabricant soient conformes à la partie II sans condition. L'article 13, paragraphe 3 demande à l'évaluation des risques d'indiquer de quelle manière ces exigences sont appliquées, et non si elles le sont.
Quatre pour connaître et corriger les failles.
La liste de vos composants
Vous tenez la liste des composants de votre logiciel et de leurs failles. C'est la nomenclature logicielle (SBOM), dans un format lisible par une machine.
Corriger sans retard
Vous corrigez les failles sans attendre. Quand c'est possible, vous livrez les correctifs de sécurité à part des nouvelles fonctions.
Tester régulièrement
Vous soumettez votre produit à des tests de sécurité efficaces, à intervalles réguliers.
Livrer les mises à jour en sécurité
Vos mises à jour arrivent chez le client par un canal sûr. Quand c'est pertinent, celles de sécurité s'installent seules.
Le texte en détail : annexe I, partie II, points 1, 2, 3 et 7
II.1 recenser et documenter les vulnérabilités et les composants des produits, notamment par l'établissement d'une nomenclature des logiciels dans un format couramment utilisé et lisible par machine couvrant au moins les dépendances de niveau supérieur.
II.2 gérer et corriger sans retard les vulnérabilités, y compris par des mises à jour de sécurité ; lorsque cela est techniquement possible, les nouvelles mises à jour de sécurité sont fournies séparément des mises à jour de fonctionnalité.
II.3 soumettre régulièrement les produits à des tests et examens de sécurité efficaces.
II.7 prévoir des mécanismes de distribution sécurisée des mises à jour et, le cas échéant, automatiser les mises à jour de sécurité.
Quatre pour informer, et être informé.
Dire ce qui a été corrigé
À chaque correctif, vous décrivez la faille corrigée, sa gravité et ce que votre client doit faire.
Une règle pour les failles signalées
Vous avez une politique de divulgation coordonnée : une règle écrite pour traiter une faille qu'on vous signale, avant de la rendre publique.
Une adresse pour vous alerter
Vous donnez une adresse de contact pour qu'on vous signale une faille, y compris dans un composant d'un tiers.
Des correctifs rapides et sans frais
Vous diffusez les correctifs sans retard, avec un message qui explique quoi faire. Ils sont sans frais pour vos clients.
Le texte en détail : annexe I, partie II, points 4, 5, 6 et 8
II.4 dès la publication d'une mise à jour de sécurité, communiquer sur les vulnérabilités corrigées : description, identification du produit concerné, conséquences, gravité, et informations claires aidant les utilisateurs à y remédier.
II.5 mettre en place et appliquer une politique de divulgation coordonnée des vulnérabilités.
II.6 faciliter le partage d'informations sur les vulnérabilités potentielles des produits et des composants tiers qu'ils contiennent, y compris en fournissant une adresse de contact pour le signalement.
II.8 veiller à ce que les correctifs soient diffusés sans retard et, sauf accord contraire pour un produit sur mesure, « gratuitement », accompagnés de messages consultatifs.
Elles courent pendant toute la période d'assistance, le suivi de sécurité d'au moins cinq ans que vous fixez.
Le texte en détail : article 13, paragraphe 8
La période d'assistance est fixée par le fabricant. Elle est d'au moins cinq ans (article 13, paragraphe 8).
En pratique
Commencez par l'évaluation des risques
Votre ordre de travail découle du règlement lui-même, et il commence par vos risques.
Évaluez les risques
C'est elle qui décide quelles exigences s'appliquent. Vous la tenez à jour pendant toute la période d'assistance.
Justifiez ce que vous écartez
C'est la pièce la plus souvent absente, et la plus facile à demander lors d'un contrôle.
Tenez la liste des composants à jour
Ce n'est pas un livrable ponctuel. Vous la régénérez à chaque version.
Le texte en détail : article 13, paragraphes 2 à 4
L'évaluation des risques vient en premier, parce que c'est elle qui décide de l'applicabilité (article 13, paragraphes 2 et 3). Elle est documentée et mise à jour selon les besoins pendant la période d'assistance. Elle entre dans la documentation technique de l'annexe VII (article 13, paragraphe 4).
Où en êtes-vous ? L'auto-évaluation pose une question de terrain par exigence, sans frais et sans compte.
Le dossier technique, à 490 € HT par produit, donne pour chaque écart l'action à mener et l'effort à prévoir. Il se montre aussi à un client ou à un revendeur qui pose la question. Vous ne savez pas encore si vous êtes concerné ? Commencer le diagnostic, treize questions au maximum.
Questions fréquentes
Dois-je satisfaire les treize exigences de l'annexe I ?
Non, pas forcément. Votre évaluation des risques dit si chacune s'applique à votre produit et, si oui, comment vous la mettez en oeuvre. Pour chaque exigence écartée, vous écrivez une justification claire dans la documentation technique. (Annexe I, partie I, point 2 ; article 13, paragraphes 2 à 4.)
Les huit obligations de gestion des vulnérabilités sont-elles également conditionnelles ?
Non, pas de la même façon. Elles s'appliquent sans condition, et l'évaluation des risques dit seulement comment vous les appliquez. Certaines contiennent des réserves internes : par exemple, l'automatisation des mises à jour « le cas échéant » au point 7. (Article 6, point b) ; article 13, paragraphe 3.)
Qu'est-ce que la nomenclature des logiciels exigée par le CRA ?
C'est la liste des composants de votre produit, avec leurs liens vers vos fournisseurs. Le règlement la définit comme un document officiel contenant les détails et les relations avec la chaîne d'approvisionnement des différents composants utilisés dans la fabrication du produit (article 3, point 39). Elle doit suivre un format couramment utilisé, lisible par machine, et couvrir au moins les dépendances de niveau supérieur (annexe I, partie II, point 1). La Commission peut en préciser le format et les éléments par acte d'exécution, ce qui n'est pas fait à ce jour (article 13, paragraphe 24). Ce qu'elle doit contenir et comment la contrôler : la SBOM en détail.
La documentation technique doit-elle être publique ?
Non, en règle générale. Vous la tenez à la disposition des autorités de surveillance du marché au moins dix ans après la mise sur le marché, ou pendant la période d'assistance si elle est plus longue (article 13, paragraphe 13). Exception : un produit qui répond aux critères de logiciel libre et ouvert et relève d'une catégorie de l'annexe III peut suivre les procédures de l'article 32, paragraphe 1. Son fabricant doit alors rendre publique la documentation technique au moment de la mise sur le marché (article 32, paragraphe 5).
Faut-il attendre les normes harmonisées pour travailler sur l'annexe I ?
Non. Les normes harmonisées ouvriraient la présomption de conformité (article 27), et aucune n'est citée au Journal officiel de l'Union à ce jour. Mais l'application au 11 décembre 2027 ne dépend pas de leur publication (article 71). Ce qui prend le plus de temps est stable dès maintenant : l'évaluation des risques, la nomenclature des logiciels et les processus de gestion des vulnérabilités.
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