Le Cyber Resilience Act, expliqué en clair
Ce que le CRA impose, à qui, et quand. Signalement applicable depuis le 11 septembre 2026, marquage CE le 11 décembre 2027.
Sur cette page
Le Cyber Resilience Act est un règlement européen qui impose un niveau de cybersécurité minimum aux produits numériques mis sur le marché de l'Union. Il s'attache aux produits, pas aux entreprises. Ses obligations de signalement sont applicables depuis le 11 septembre 2026, le reste du règlement s'applique le 11 décembre 2027 (art. 71). Une seconde date, moins commentée, est déjà passée : le chapitre IV, articles 35 à 51, s'applique depuis le 11 juin 2026. Il porte la notification des organismes d'évaluation de la conformité et concerne les organismes et les autorités, pas directement les fabricants.
Une réglementation de produit, pas une réglementation d'entreprise
Le CRA fait pour la cybersécurité ce que le marquage CE fait depuis trente ans pour la sécurité physique. Il ne vous demande pas comment votre entreprise est organisée, il demande ce que fait le produit que vous vendez.
La plupart des textes de cybersécurité que vous connaissez déjà s'adressent à une personne morale et lui demandent de se gouverner. Le CRA s'adresse à un objet mis sur le marché et lui demande d'être sûr. L'unité n'est donc pas votre société, c'est le produit : deux produits différents, ce sont deux évaluations, deux dossiers, et éventuellement deux régimes.
Deuxième conséquence, moins évidente : ce qui compte n'est pas votre métier déclaré, c'est le rôle que vous tenez à l'égard de ce produit précis. Le règlement en distingue quatre : fabricant, importateur, distributeur, et intendant de logiciels ouverts, ce que l'on appelle couramment le logiciel libre ou l'open source. Le même dirigeant peut être fabricant pour un produit et distributeur pour un autre. Le rôle le plus coûteux est celui qu'on s'attribue le moins spontanément : revendre sous sa propre marque un produit fabriqué par un tiers fait de vous un fabricant. Ce point décide de tout le reste, et il a sa page : les quatre rôles, et le piège de la marque propre.
Ce qui est déjà applicable, depuis le 11 septembre 2026
Les obligations de signalement de l'article 14 sont en vigueur. Depuis le 11 septembre 2026, un fabricant doit signaler les vulnérabilités activement exploitées de son produit et les incidents graves ayant des répercussions sur sa sécurité, via la plateforme unique de signalement de l'ENISA, mise en service à cette date.
Les délais sont courts et ils sont écrits dans le texte :
- alerte précoce dans les 24 heures : art. 14, paragraphe 2, point a) pour une vulnérabilité activement exploitée, art. 14, paragraphe 4, point a) pour un incident grave ;
- notification dans les 72 heures : art. 14, paragraphe 2, point b) pour une vulnérabilité, art. 14, paragraphe 4, point b) pour un incident grave ;
- rapport final dans les 14 jours suivant la mise à disposition d'un correctif, pour une vulnérabilité (art. 14, paragraphe 2, point c) ;
- rapport final dans le mois suivant la notification, pour un incident grave (art. 14, paragraphe 4, point c).
Vingt-quatre heures, ce n'est pas le temps d'ouvrir un compte, de chercher qui décide et de rédiger un premier message : c'est le temps de suivre une procédure déjà écrite. Le détail du parcours est sur la page le signalement en 24 heures.
Un allègement existe pour les plus petites structures, et il est précis : les micro et petites entreprises ne peuvent pas être sanctionnées pour le dépassement du délai de 24 heures de l'alerte précoce (art. 64, paragraphe 10, point a). L'obligation reste entière, seule l'amende tombe.
Pour savoir en deux minutes si ces obligations vous visent et à quel titre, le diagnostic pose treize questions au maximum, sans création de compte : commencer le diagnostic.
Ce qui s'applique le 11 décembre 2027
À cette date, un produit comportant des éléments numériques ne peut plus être mis sur le marché de l'Union s'il ne satisfait pas aux exigences essentielles de l'annexe I. Celles-ci se comptent : treize propriétés du produit lui-même (annexe I, partie I, point 2) et huit obligations de gestion des vulnérabilités (annexe I, partie II), soit vingt et une exigences.
Les treize propriétés portent sur le produit : aucune vulnérabilité exploitable connue à la mise à disposition sur le marché, configuration de sécurité par défaut, correction possible par mise à jour, contrôle des accès, confidentialité et intégrité des données, minimisation, disponibilité des fonctions essentielles après un incident, surface d'attaque limitée, journalisation, effacement sécurisé. Les huit obligations de la partie II portent sur sa vie après la vente : nomenclature des logiciels, correction sans retard, tests réguliers, publication des correctifs, divulgation coordonnée, adresse de contact publique, distribution sécurisée.
Un détail de rédaction commande tout le reste, et il est largement méconnu. L'annexe I, partie I, point 2 s'ouvre ainsi : « Sur la base de l'évaluation des risques de cybersécurité visée à l'article 13, paragraphe 2, les produits comportant des éléments numériques doivent, le cas échéant ». Le CRA n'impose donc pas les treize propriétés à tout le monde indistinctement : il impose de justifier celles qui ne s'appliquent pas, et cette justification doit figurer dans la documentation technique (art. 13, paragraphe 4, dernière phrase). C'est la différence entre remplir un questionnaire et constituer un dossier opposable.
Trois obligations ont un coût direct et se planifient, pas se découvrent :
- la période d'assistance est d'au moins cinq ans, sauf durée d'utilisation prévue plus courte (art. 13, paragraphe 8) ;
- chaque mise à jour de sécurité reste disponible pendant dix ans après son émission, ou jusqu'à la fin de la période d'assistance si celle-ci est plus longue (art. 13, paragraphe 9) ;
- la date de fin de la période d'assistance doit être portée à la connaissance de l'acheteur, au moins en mois et en année (art. 13, paragraphe 19).
S'y ajoutent la déclaration UE de conformité, que le fabricant établit lui-même et dont il porte la responsabilité (art. 28), la documentation technique conservée dix ans (art. 31), et l'apposition du marquage CE. Les deux vont ensemble et au même moment : une fois la conformité démontrée par la procédure d'évaluation choisie, le fabricant établit la déclaration conformément à l'article 28 et appose le marquage CE conformément à l'article 30 (art. 13, paragraphe 12). L'article 30 fixe les règles d'apposition, y compris pour un produit qui se présente sous la forme d'un logiciel, auquel cas le marquage est porté par la déclaration UE de conformité ou par le site internet qui accompagne le logiciel.
Qui est concerné, en une phrase
Est concerné tout produit logiciel ou matériel mis sur le marché de l'Union dont l'usage prévu comporte une connexion à un appareil ou à un réseau, sauf exclusion sectorielle expresse. La question mérite d'être posée produit par produit, et elle est traitée en détail sur la page qui est concerné, et à quel titre.
Les sanctions
Le règlement fixe trois plafonds à l'article 64. Le manquement aux exigences essentielles de l'annexe I et aux obligations des articles 13 et 14 est passible de 15 millions d'euros ou 2,5 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Les autres obligations relèvent d'un plafond de 10 millions d'euros ou 2 %, et les informations inexactes fournies aux autorités ou aux organismes notifiés d'un plafond de 5 millions d'euros ou 1 %.
Ces montants sont dans le texte et ils ne sont pas la raison de s'y mettre. La raison est plus prosaïque : à partir du 11 décembre 2027, un produit qui ne satisfait pas aux exigences essentielles ne peut plus être mis sur le marché.
Ce qui n'existe pas encore, et qu'il faut savoir
Le mandat de normalisation M/606, document C(2025)618, porte environ 41 normes. Il a été accepté par le CEN, le CENELEC et l'ETSI le 3 avril 2025, les livrables sont en enquête publique, et les échéances s'échelonnent de fin 2026 à fin 2027 selon le type de norme.
Aucun organisme notifié n'est enregistré à ce jour. Les règles de notification s'appliquent depuis le 11 juin 2026 et l'article 35, paragraphe 2 fixe l'objectif d'une capacité d'évaluation suffisante au 11 décembre 2026. Trois textes attendus manquent également : l'acte délégué de l'article 8, paragraphe 1 sur les produits critiques, non adopté à ce jour ; l'acte délégué de l'article 27, paragraphe 9 sur les schémas de certification, annoncé pour le quatrième trimestre 2026 et non adopté à ce jour ; l'acte d'exécution de l'article 33, paragraphe 5 sur la documentation technique simplifiée des micro et petites entreprises, non adopté à ce jour.
En France, les rôles sont annoncés par les autorités et portés par l'article 32 d'un projet de loi adopté par le Sénat le 18 février 2026, en cours d'examen à l'Assemblée nationale et non adopté à ce jour.
Rien de tout cela ne suspend les obligations : le calendrier du règlement ne dépend pas de la disponibilité des normes, et le signalement est déjà applicable.
Questions fréquentes
Le Cyber Resilience Act, c'est quoi exactement ?
C'est le règlement (UE) 2024/2847. Il impose un niveau de cybersécurité minimum aux produits comportant des éléments numériques mis sur le marché de l'Union, sur le modèle du marquage CE pour la sécurité physique. Les exigences portent sur le produit lui-même, treize propriétés à l'annexe I, partie I, point 2, et sur sa maintenance dans le temps, huit obligations à l'annexe I, partie II. Le signalement de l'article 14 est applicable depuis le 11 septembre 2026, le chapitre IV sur la notification des organismes d'évaluation de la conformité depuis le 11 juin 2026, et le reste du règlement le 11 décembre 2027 (art. 71).
Le CRA s'applique-t-il à mon entreprise ou à mes produits ?
À vos produits. Le CRA est une réglementation de produit, ce qui le distingue des textes qui s'adressent à une organisation. L'unité d'analyse est donc chaque produit pris séparément, avec son rôle, sa classe et sa propre évaluation des risques (art. 13, paragraphe 2) : deux produits de votre catalogue peuvent relever de régimes différents.
Qu'est-ce qui est déjà obligatoire aujourd'hui ?
Le signalement de l'article 14, applicable depuis le 11 septembre 2026, via la plateforme unique de signalement de l'ENISA mise en service à cette date. Un fabricant doit émettre une alerte précoce dans les 24 heures, puis une notification dans les 72 heures, puis un rapport final. Les renvois diffèrent selon l'événement : art. 14, paragraphe 2, points a), b) et c) pour une vulnérabilité activement exploitée, avec un rapport final dans les 14 jours suivant la mise à disposition d'un correctif ; art. 14, paragraphe 4, points a), b) et c) pour un incident grave, avec un rapport final dans le mois suivant la notification.
Le CRA s'applique-t-il aux produits que je vends déjà ?
Pour le signalement, oui. L'article 69, paragraphe 3 a été rectifié le 2 juillet 2025 et sa lecture correcte est « avant le 11 décembre 2027 », ce qui fait entrer les produits déjà sur le marché dans le champ de l'obligation de signalement. C'est le point qui surprend le plus, parce qu'il transforme une échéance lointaine en sujet immédiat. Les exigences essentielles de l'annexe I, elles, conditionnent la mise sur le marché à compter du 11 décembre 2027.
Faut-il attendre les normes harmonisées pour s'y mettre ?
Aucune norme harmonisée n'est citée au Journal officiel de l'Union à ce jour, et la présomption de conformité de l'article 27 n'est ouverte pour aucune catégorie de produit. Le calendrier d'application est pourtant fixé par l'article 71 et ne dépend pas de cette publication. Ce qui est stable dès aujourd'hui est précisément ce qui prend le plus de temps à construire : l'évaluation des risques (art. 13, paragraphe 2), la nomenclature des logiciels (annexe I, partie II, point 1) et la procédure de signalement.
Combien de temps dois-je maintenir mon produit après l'avoir vendu ?
Au moins cinq ans, sauf si la durée d'utilisation prévue du produit est plus courte (art. 13, paragraphe 8). Chaque mise à jour de sécurité doit rester disponible pendant dix ans après son émission, ou jusqu'à la fin de la période d'assistance si celle-ci est plus longue (art. 13, paragraphe 9). La date de fin de cette période doit être portée à la connaissance de l'acheteur au moment de l'achat, au moins en mois et en année (art. 13, paragraphe 19).
Sources
- Règlement (UE) 2024/2847, texte authentique au Journal officiel
- Commission européenne, obligations de signalement
- Commission européenne, évaluation de la conformité
- Commission européenne, normalisation
- Commission européenne, suivi de la mise en oeuvre
- ENISA, mise en service de la plateforme unique de signalement
- Assemblée nationale, dossier DDADUE
Savoir si le règlement vous concerne
Treize questions pour savoir si le règlement vous concerne, à quel titre, et ce qui s’applique déjà à vous. Sans frais, sans compte.